Jacques Salomé

Heureux qui communique

Site officiel de Jacques Salomé – Psychosociologue et écrivain

L'école

Supplique d’un enfant à ses enseignants.

Comment apprendre à mieux communiquer à l’école !

Oui, il est difficile aujourd’hui d’enseigner.

Quoi enseigner ? Comment ? À qui ?

Proposition de loi visant à favoriser les relations humaines en milieu

scolaire par l’apprentissage de la communication dès l’école maternelle.

Lettre ouverte aux enseignants.

Ensemble de textes pour un enseignement de la communication à l'école.

Comment et à qui dans l'école d'aujourd'hui ?

La violence est un langage

Où en est l’école d’aujourd'hui ?

Supplique d’un enfant à ses enseignants par Jacques Salomé

Apprenez-nous l’enthousiasme.

Enseignez-nous l’étonnement de découvrir.

N’apportez pas seulement vos réponses.

Réveillez nos questions.

Accueillez surtout nos interrogations.

Appelez nous à respecter la vie.

Apprenez-nous à échanger, à partager, à dialoguer.

Enseignez-nous les possibles de la mise en commun.

N’apportez pas seulement votre savoir.

Réveillez notre faim d’être.

Accueillez nos contradictions et nos tâtonnements.

Appelez nous à grandir à la vie.

Apprenez-nous le meilleur de nous-mêmes.

Enseignez-nous à regarder, à explorer, à toucher l’indicible.

N’apportez pas seulement votre savoir faire.

Réveillez en nous le goût de l’engagement.

Accueillez notre créativité pour baliser un devenir.

Appelez nous à enrichir la vie.

Apprenez-nous la rencontre avec le monde.

Enseignez nous à entendre au-delà des apparences.

N’apportez pas seulement de la cohérence et des bribes de vérités,

  éveillez en nous la quête du sens.

Accueillez nos errances et nos maladresses.

Appelez-nous à entrer dans une vie plus ardente.

 

Il y a une urgence vitale.

Comment apprendre à mieux communiquer à l’école ! par Jacques Salomé

À chaque rentrée scolaire, enseignants, parents, éducateurs et enfants vont pouvoir trouver un outil de travail vivant (sous forme de vidéos), concrets (nombreux exemples et illustrations de la vie scolaire) et revitalisant (apports méthodologiques transmissibles) pour répondre aux nombreuses questions que les uns et les autres se posent.

 

Nous en avons la confirmation tous les jours, ce sont essentiellement des problèmes d’incommunication, des malentendus dans les échanges et des affrontements relationnels, qui sont au cœur de préoccupations de tous ceux qui participent au monde de l’école d’aujourd’hui.

 

Jacques Salomé, Psychosociologue, formateur en relations humaines, auteur de nombreux ouvrages sur la communication interpersonnelle, considéré comme un spécialiste dans ce domaine, à réalisé avec le concours de différents organisme (CRDP, Direction de l’Enseignement Catholique, Direction des Affaires Culturelles du Hainaut) plusieurs vidéos accompagnées de livrets d’application pédagogiques.

 

Son utopie la plus tenace “qu’on enseigne un jour la communication à l’école comme une matière à part entière…” vient de voir un début de réalisation.

 

Dans son approche, autour de la Méthode E.S.P.È.R.E.®, il nous rappelle que le système relationnel dominant, qu’il appelle Système S.A.P.P.E., entretient le plus souvent des rapports d’aliénation, de violence et favorise le développement d’incompréhensions, d’affrontements ou de démissions au travers d’échanges et de messages vécus comme toxiques, dévalorisants et parfois destructeurs.

 

En nous proposant une mise en pratique novatrice et dynamique dans le domaine des relations adultes/enfants et plus particulièrement entre enseignants et enseignés, il nous invite à des démarches d’apprentissage et d’intégration susceptibles de favoriser des échanges créatifs, en réciprocité, porteurs de vitalité et de croissance. En développant les bases d’une méthodologie accessible à chacun et surtout transmissible, il introduit la possibilité, pour chaque enseignant de prendre appui sur des concepts, des règles d’hygiène relationnelles et des outils pour agrandir l’écoute, la disponibilité, la participation et la responsabilisation de chacun.

 

Ce travail ne s’inscrit dans aucune idéologie et ne vise pas à développer une pratique “du bien communiquer” mais porte essentiellement sur une approche pragmatique autour des quatre pôles qui structurent tout échange, à savoir : demander / donner / recevoir / refuser, pour pouvoir se dire et être entendu, reconnu et valorisé, à l’intérieur d’une écoute active et participative.

Pour aller plus loin…

 

Un jour à l’école - Principes de bases pour un apprentissage

de la communication, à l’école. - VHS 90min.

CRDP - BP 387 - 51083 REIMS CEDEX

 

Oser communiquer autrement, c’est possible. - VHS 120min.

CRDP 16 rue Jean Chatel

97400 SAINT DENIS DE LA REUNION

Des parents, des enfants, des enseignants, des directeurs, des assistants sociaux, des infirmières scolaires, des éducateurs, des psychologues se sont rassemblés à l’occsion d’un séminaire filmé animé par Jacques Salomé pour mettre en commun les questions qui les agitent. Ce film (2 cassettes VHS de 60 min) témoigne de ce partage. Son exploitation pratique est optimalisée par un cahier “mode d’emploi” et la possibilité de participer à une “journée sensibilisation”.

 

L’ensemble des concepts, outils et règles d’hygiène relationnelle de la Méthode E.S.P.È.R.E. a fait l’objet d’un ouvrage de 350 pages :

Pour ne plus vivre sur la Planète TAIRE”.

Une communication vivante pour une école vivante. - VHS 70min.

DDEC - 15 rue Sainte Euverte - 45000 ORLEANS

 

Apprenons nous mutuellement à communiquer.

2 cassettes VHS de 60min - précisez PAL ou SECAM

 

Direction Générale des Affaires
Culturelles du Hainaut

 

Secteur de la formation et de l’Audiovisuelle

Rue Arthur Warocqué 59

B 7100 LA LOUVIERE - Belgique

 

Tél. : 00 32 (0) 64 / 312 820

Fax : 00 32 (0) 64 / 312 821

 

e.mail : formations.dgac@hainaut.be

site internet : DGAC du Hainaut

Oui, il est difficile aujourd’hui d’enseigner par Jacques Salomé

De tout temps cela a été toujours délicat, difficile et passionnant d’enseigner ! Il y a toujours une part de créativité, d’imprévisible et de conflictuel, dans toute démarche de transmission, d’apprentissage ou de formation. Une alchimie mystérieuse nourrie non pas uniquement du savoir à transmettre, de la matière support, mais de la qualité de la relation, du respect mutuel entre les possibles ou les limites de l’un et les ressources ou les limites de l’autre. Il y a tout un jeu complexe, labyrinthique entre donner et recevoir, demander et amplifier, prendre et refuser. Aujourd’hui, il semble plus difficile aux enseignants, d’être des adultes cohérents, centrés, suffisamment assurés dans leurs connaissances, confirmés dans leurs pratiques, stables dans leurs attitudes face à la mutation des valeurs et au renouvellement des savoirs. Difficile surtout d’être un adulte en interrogation, car l’objet d’une remise en cause quasi permanente, face à des enfants en mutation rapide, en mal d’être aussi. Difficile de transmettre un savoir nouveau vigoureux à des enfants qui semblent déjà remplis de connaissances informelles (même si elles sont chaotiques, mélangées) qui entrent en compétition avec le savoir formel des enseignants.

 

 

Par ailleurs, il ne faut jamais oublier, quand on est accompagnant d’un enfant ou enseignant, que tout enfant quel que soit son âge est d’une habileté incroyable pour réveiller l’ex-enfant qui est en nous. Si bien que parfois nous croyons voir un adulte penché sur un enfant alors qu’il s’agit de deux enfants en présence et dans certaines situations le plus petit des deux n’est pas celui auquel on pense !

 

Il y a dans l’environnement des enfants un savoir disponible à discrétion (revues, télévision, Internet, jeux vidéos…), accessible sans trop de difficulté. Savoir qui ne veut pas se mélanger avec celui de l’école. Savoir acquis par quasi imprégnation, dans le désordre, qui ne fait pas l’objet d’une élaboration, d’une critique ou d’une mise en priorité et donc d’une intégration. Ce savoir sauvage et dispersé est à l’origine de beaucoup de confusions et d’arbitraire.

 

Celui apporté par l’enseignant en paraît d’autant plus fade, dévitalisé, à la fois insuffisant et secondaire, sinon inutile.

 

Enseigner dans un cadre stable, une atmosphère de réceptivité est d’autant plus difficile aujourd’hui, que les rapports de force ont changé. Il n’est plus possible de s’abriter derrière une fonction, un statut, un titre ou même des connaissances pour s’imposer face aux enfants.

 

L’expression (qu’il ne faut pas confondre avec la communication) s’est depuis quelques années considérablement libérée chez les enfants, je pourrai dire s’est débondée, comme d’un tonneau dont la bonde a lâchée. Ils se disent et s’expriment sans beaucoup de contrôle, sur tout, avec plus ou moins d’excès, de maladresses. Ils s’affirment à l’emporte-pièce, remettent en cause, détournent les bribes du savoir qu’ils pensent posséder pour en faire des croyances, ils agressent les images, les lieux et les représentations du pouvoir, sélectionnent, déforment ou s’anesthésient à volonté.

 

Les enseignants affrontent malgré eux, un autre phénomène. Ils rencontrent dans leur pratique quotidienne, ce que j’appelle, les enfants du désir. Je pense à toute cette génération d’enfants, qui avec le développement de la contraception, ont été désirés, attendus par leurs parents. Lesquels (ou l’entourage immédiat) sont trop souvent et trop vite entrés dans les désirs de ses enfants, avec beaucoup de difficultés à dire non, à les frustrer et donc à prendre le risque d’un conflit ouvert avec eux. D’ailleurs les enfants l’expriment de façon lapidaire : « Moi je n’ai pas demandé à venir au monde, c’est toi qui m’a voulu, alors tu dois répondre à mes demandes, tu dois faire ce que je veux, tu es là pour ça ! ». Et ce qui me parait plus grave, ils tentent d’imposer leur perception de la réalité à des adultes qui en doutent ! Il y a, depuis quelques années comme un retournement des valeurs. Contrairement à ce qui se passait dans les générations antérieures, aujourd’hui et de plus en plus, ce sont les enfants qui définissent les adultes.

 

Faut-il rappeler qu’une des grandes fonctions parentales (aujourd’hui défaillante) c’est de répondre aux besoins des enfants et non à leurs désirs ! Encore faut-il entendre la différence entre besoin et désir !

 

On retrouvera cette collusion présente dans le système scolaire, dans lequel les enfants tentent avec ténacité d’imposer leur désir aux enseignants. Ainsi dans beaucoup de situations pédagogiques, circulent un pseudo libéralisme, une fausse compréhension, qui laisse croire que enfants et adultes sont sur un pied d’égalité dans la perception de leurs besoins réciproques, dans la perception d’une réalité qui doit rester différente ou encore dans la conceptualisation de leurs études.

 

Il serait souhaitable que les enseignants puissent se positionner plus fermement (ce qui ne veut pas dire brutalement !)

 

« J’ai entendu ton désir de parler du dernier film passé hier à la télévision. C’est un beau désir, mais je ne suis pas là pour répondre et satisfaire tes désirs ! Je suis là pour répondre à un besoin qui, même s’il n’est pas reconnu comme tel par toi, est de pouvoir mieux intégrer les règles du participe passé ! »

 

Bien sûr, dans un premier temps, il y aura peu d’enfants pour reconnaître qu’une meilleure maîtrise de la grammaire puisse être une réponse à des besoins à venir de pouvoir mieux se situer dans la vie et affronter la communication verbale et écrite !

 

Mais cette distinction devrait pouvoir être au cœur de toute relation éducative.

 

L’absence d’une affirmation claire, d’un positionnement ferme face aux désirs des enfants, de la part des adultes, fait qu’il y a de plus en plus d’enfants dont le seuil à la frustration est incroyablement bas. Ayant été élevé, et cela quelque soit le milieu social et économique, avec des parents qui répondaient trop souvent et trop rapidement à la plupart de leurs attentes matérielles, qui satisfaisaient trop vite leurs demandes, le moindre refus est vécu comme une agression, toute confrontation avec une réalité différente entraîne des frustrations insupportables. Toute réponse négative ou différée devient pour lui inacceptable et déclenche un passage à l’acte : verbal, physique ou émotionnel. La violence, comme une fuite en avant, pour desserrer l’étau du manque, leur parait être la réponse la plus adaptée à l’insupportabilité de la privation. C’est là une des origines les plus profondes de la violence actuelle à l’école et dans les familles.

 

Il me paraît important également de suggérer, que la fonction de l’école doit changer, ce qui supposera des ajustements (et donc une formation, pas seulement du volontarisme ou des obligations) chez les enseignants.

 

Si nous acceptons que depuis les débuts de l’école laïque et obligatoire, les matières de base de l’enseignement élémentaire étaient : ouvrir à l’expression, apprendre à lire, écrire et compter, avec en plus le développement implicite de la sociabilité par des activités groupales et une référence à la loi de la classe, incarnée par l’adulte présent, nous avons à imaginer qu’il conviendrait aujourd’hui d’ajouter : apprendre à communiquer. Il me semble que c’est le point faible de l’école d’aujourd’hui et qu’il est à l’origine de beaucoup de malentendus, de violences et d’insécurité qui caractérise l’univers scolaire des dernières décennies.

 

Des programmes concrets pour un apprentissage de la communication relationnelle pourraient être mis sur pieds, proposés et suivis durant tout le cursus scolaire.

 

Il ne suffit plus aux enseignants de tenter de mieux communiquer avec les élèves, il convient d’apporter quelque chose de plus : une méthodologie de la mise en commun.

 

Oui il est difficile aujourd’hui d’enseigner et cela risque de s’aggraver si on continue à traiter les problèmes de l’école en termes sociologiques, psychologiques ou économiques. Je crois profondément qu’il sera nécessaire, de mettre en place une nouvelle discipline, enseignée comme une matière à part entière : la communication relationnelle.

Quoi enseigner ? Comment ? À qui ? par Jacques Salomé

Le dernier Colloque de l’Alliance des professeures et professeurs de Montréal, qui s’est déroulé les 13 et 14 mai 2004 au Palais des Congrès de Montréal, a eu pour thème : « J’enseigne tu sais ! »

 

Cette interpellation dont le caractère humoristique ne visait pas à masquer une réalité douloureuse, visait à toucher autant les enfants que les parents. Elle a paru nécessaire pour rappeler et confirmer que les enseignants sont là effectivement… pour enseigner. Autour de cette affirmation, il m’a paru important d’accrocher trois questions : « Enseigner quoi ? Comment ?… et à qui ? »

 

Enseigner quoi ?

 

Peut être faut-il le rappeler quand même, les enseignants sont là, principalement pour transmettre, partager du savoir et du savoir faire et initier à son utilisation dans la vie au quotidien. Mais aussi, et cela s’avère de plus en plus nécessaire, de proposer un enseignement à du “savoir être”, du “savoir créer”, du “savoir devenir”, c’est-à-dire de poser les bases d’une relation à soi et aux autres pouvant déboucher sur des ancrages pour une socialisation durable, pour permettre aux enfants de développer une sensibilité citoyenne, et de favoriser ainsi une intégration dans le monde qui est le nôtre et qui sera, avec quelques changements…, le leur. Enseigner aujourd’hui ne peut se résumer à transmettre un savoir codifié ou des connaissances nouvelles, cela suppose aussi pour l’enseignant d’avoir à se confronter (et peut être entrer en concurrence) avec tout un savoir informel possédé par les enfants, acquis dans la rue, à la télévision, emmagasiné hors de l’école en prise directe (trop directe parfois) avec le monde des adultes, savoir qui confronte très tôt les enfants à des rencontres, à des expériences de vie pour lesquelles ils n’ont aucune préparation et envers lesquelles ils restent (même si nous voulons le nier) vulnérables. Les enseignants face à ce savoir diffus, anarchique, chaotique qu’ils devront réorganiser, restructurer et surtout relier au savoir plus formel dont ils sont les détenteurs.

 

Il conviendrait aussi d’enseigner (et cela me paraît une urgence) les prémices d’une communication non violente à l’école comme une matière à part entière, dans un cursus qui s’ouvrirait sur les sciences de la vie et les sciences humaines, de façon à apprendre aux enfants non seulement comment se développe et se construit un petit d’homme, mais comment il lui appartient d’apprendre à se relier aux autres, pour des échanges et des partages en réciprocité !

 

Enseigner comment ?

 

Des générations d’enseignants ont apportés de belles réponses à cette question, des pédagogues hors pairs ont ouverts beaucoup de pistes, de multiples méthodes pédagogiques en témoignent. Elles ont pour vocation d’éveiller, de stimuler, de faire participer en s’appuyant sur les ressources vives de chaque enfant. Il se trouve qu’aujourd’hui la plupart de ces méthodes s’avèrent caduques ou inadaptées aux enfants de ce temps. Peut-être reste-t-il, ici ou là au Québec comme en France, de nombreux îlots, écoles, collèges ou lycées et certainement beaucoup de classes encore qui restent protégées, ouvertes et dynamiques. Des endroits où le savoir est proposé, accueilli et reçu sans trop de tensions, d’oppositions ou de violences, mais nous le savons et il serait vain de se le cacher les difficultés pour enseigner sont de plus en plus grandes. Il devient de plus en plus difficile de rester un enseignant à vie, même si pour la plupart il s’agit d’une vocation profonde. Il conviendrait sur le plan du comment , de privilégier à la fois la dimension interpersonnelle (qualité de la relation qui permet de laisser circuler le savoir et d’asseoir les ancrages pour une meilleure intégration) et la dimension groupale en s’appuyant sur les ressources du groupe pour favoriser la mise en pratique et les savoir faire. De renforcer aussi la dimension institutionnelle (cadre protégé avec des codes et des règles précisant mieux à la fois les droits, mais aussi les devoirs de chacun et balisant de façon plus fermes les transgressions possibles).

 

Enseigner à qui ?

 

C’est autour de cette question que les enseignants sont actuellement le plus en souffrance. Se contenter de dire que les enfants en âge d’être scolarisés ne sont plus ceux de mon époque serait un lieu commun affligeant et tomber dans la tentation de mettre en accusation la famille qui ne remplit plus ou pas son rôle serait alimenter les leurres d’un conflit toujours en gestation entre enseignants et parents. Mais constater que de nos jours beaucoup d’enfants ne possèdent pas l’équipement relationnel de base, les ancrages suffisants pour leur permettre de vivre en communauté, et donc de se confronter aux frustrations inévitables de la vie collective, d’accepter les contraintes minimales exigées par la situation d’apprentissage en commun, d’avoir la capacité d’un minimum de concentration pour se fixer sur la production d’une tâche, le suivi d’une action ou d’une réalisation personnelle, c’est être obligé d’accepter que les conditions minimales pour exercer comme enseignant ne sont pas remplies et que cela met en péril l’équilibre de beaucoup. Les enseignants d’aujourd’hui se trouvent en présence d’une nouvelle catégorie, je devrais dire "variété" d’enfants que j’appelle les "enfants du désir". Des enfants qui ont été élevés sans contrainte, par des adultes et des proches qu’ils ont du mal à respecter, car ceux-ci n’exercent pas toujours les grandes fonctions parentales qui sont nécessaires à “l’élevage” (et j’écris ce mot au sens fort du terme, il s’agit bien d’élever, de hausser, de faire croître). Un milieu qui n’alimente pas, témoigne peu des valeurs morales, esthétiques, spirituelles. Des adultes qui sont souvent eux-mêmes dans la transgression devant des enfants qui les jugent (ou les copient). Des adultes qui ne peuvent pas représenter ni une référence ni une image d’autorité suffisamment fiable pour leur permettre de se confronter aux contradictions d’un environnement en mutation. Des enfants dont le seuil de frustration est tellement bas, que toute rencontre avec la réalité est vécue par eux comme une agression insupportable, à laquelle ils répondent, pour survivre, par de la violence. Ces enfants du désir, même s’ils représentent pour l’instant une minorité, induisent par mimétisme les comportements et les conduites de nombreux autres enfants, mais surtout et il faut le dire avec fermeté ils "parasitent", ils déstabilisent le travail de toute une classe tout au long d’une année scolaire. Ils se confrontent aux adultes dans une relation où ceux-ci sont fréquemment démunis, face à la grossièreté, aux menaces, aux passages à l’acte. Les réponses et les interventions classiques sont devenues inopérantes. Enfants du désir, “tout, tout de suite, sans contrepartie”, “enfant téflon®” sur lesquels ni sanctions, ni gratifications n’ont de prises, voilà la population nouvelle, imprévisible, insaisissable avec laquelle les enseignants ont et auront à travailler !

 

En tentant de répondre à cette dernière question, nous verrons qu’il sera possible de conforter quelques unes des réponses aux deux précédentes questions et peut être ainsi redonner à l’École une place plus fiable et aux enseignants quelques espoirs pour se re-dynamiser si besoin était.

Proposition de loi visant à favoriser les relations humaines en milieu scolaire
par l’apprentissage de la communication dès l’école maternelle
par Jacques Salomé

Exposé de motifs

 

Depuis quelques années, l’opinion est de plus en plus souvent alertée par la violence et la dégradation des comportements à l’école. Les incivilités des élèves s’affichent parfois même dès l’école maternelle. Aujourd’hui, les agressions envers les enseignants sont heureusement fortement dénoncées. Cependant, certaines statistiques font état de chiffres inquiétants qui indiquent que la majorité des violences a lieu parmi les élèves entre eux, au sein de l’école.

 

Un récent avis du Conseil économique, social et environnemental intitulé « l’Education civique à l’école » s’est penché sur ce problème. Cet avis préconise une éducation civique dès la maternelle considérant que l’instruction civique qui visait, autrefois, à transmettre des savoirs et des règles de comportement, le reste étant de la compétence des familles, n’est plus en adéquation avec l’évolution de la société.

 

En effet, l’instabilité des couples, le nombre important de familles monoparentales où le père n’est plus présent pour imposer des limites, les conditions de vie précaires, le chômage, rendent de plus en plus difficiles l’éducation des enfants. De plus, l’environnement consumériste ainsi que le savoir désordonné et dispersé, accessible sans difficulté sur internet, contribuent à offrir de faux repères et créent la confusion dans l’esprit de bien des jeunes.

 

Aujourd’hui, de nombreuses familles se sentent démunies et demandent à être secondées par l’école dans leur mission éducative.

 

L’école devrait pouvoir répondre à cette demande éducative toute en assurant sa mission prioritaire qui demeure l’instruction et la transmission du savoir.

 

Elle devrait pouvoir devenir un lieu ou l’expérimentation de la vie en commun dans le respect d’autrui trouve toute sa place.

 

Quelques expériences éducatives mises en place tant en France qu’au Canada se sont avérées très prometteuses.

 

En effet, des enseignants spécialisés en communication, extérieurs à l’école, formés à la communication et aux relations humaines et/ou à la communication non-violente, ont réussi à mettre en place des outils et méthodes pédagogiques favorisant l’apprentissage de la communication relationnelle basée sur l’écoute, l’estime de soi, le respect d’autrui, la tolérance et l’ouverture aux autres.

 

Ces projets innovants ont permis de créer des liens d’estime entre les élèves et entre les professeurs et les élèves au sein d’établissement scolaires qui connaissaient de réelles difficultés. Les élèves ont appris à se rencontrer, à s’écouter, à faire tomber leurs craintes et leurs peurs et à mettre en commun leurs expériences réciproques.

 

L’école, lieu de brassage social, devrait pouvoir devenir ce lieu d’inclusion où le sentiment d’appartenance à une même école peut devenir un faire-valoir pour développer la confiance en soi et favoriser la réussite scolaire.

 

La loi d’orientation et de programme pour l’avenir de l’Ecole du 23 avril 2005 dans son article 34 ouvre la possibilité d’innover dans le système scolaire, au titre de l’expérimentation.

 

Il nous a semblé utile de tirer profit dès à présent de certaines expérimentations en rendant obligatoire dès l’école maternelle un enseignement de la communication et des relations humaines. Cet enseignement devrait pouvoir s’intégrer dans les programmes scolaires comme activité d’éveil sous forme d’atelier à raison de 2 heures par mois.

 

Entre le cabinet du médecin ou du psychologue il y a un espace à créer au sein de l’école pour traiter les difficultés du quotidien et favoriser l’apprentissage du savoir vivre ensemble dans le respect des différences.

 

Cette proposition devrait pouvoir contribuer à la lutte contre les incivilités et les agressions en milieu scolaire dont sont victimes, aujourd’hui, trop d’élèves et de professeurs. Les moyens peu coûteux, nécessaires à sa mise en œuvre, devraient pouvoir allier la formation humaine des jeunes tout en favorisant leur intégration et leur réussite dans un cadre scolaire.

 

Tel est l’objet de la présente proposition de loi qui vous est soumise.

Lettre ouverte aux enseignants par Jacques Salomé

Un défi majeur : Développer un enseignement de la communication relationnelle.

 

Il s’agit bien d’un défi majeur et prioritaire pour les enseignants de l’ensemble du cursus scolaire, à savoir : proposer un enseignement de la communication relationnelle comme une discipline à part entière et cela dès le début de la scolarité (classes enfantines) jusqu’à son aboutissement (réussite scolaire ou décrochage).

 

Je considère que l’origine de la violence (qu’il ne faut pas confondre avec les causes amplifiantes de la violence : ghettos des banlieues, chômage des jeunes, conflits religieux ou ethniques) est dans l’incommunication. Dans la difficulté de plus en plus évidente, à mettre en commun et à vivre ensemble en l’absence de quelques règles d’hygiène relationnelles communes et de balises repérables pour communiquer sans violence.

 

Quand on ne peut pas mettre des mots on va être conduit à mettre des maux, sur les autres ou sur soi-même. Enseigner une Communication Relationnelle Essentielle à l’Ecole (CREE) me semble aujourd’hui relever d’une urgence et d’une nécessité criante, quand on voit l’importance, le débordement des conflits, des malentendus, des manifestations de violence tant dans le milieu familial et l’environnement proche d’un enfant que dans le milieu scolaire. Cet enseignement d’une communication relationnelle (CREE) me semble possible à partir de la transmission suivie et cohérente de quelques règles d’hygiène relationnelles communes acceptables et transmissibles, qui constitueront un ensemble de références de la petite enfance à l’adolescence jusqu’à l’âge adulte.

 

Ces règles d’hygiène relationnelles ont été rassemblées dans une approche spécifique, déjà connue par beaucoup d’enseignants et de travailleurs sociaux, la Méthode ESPÈRE*. La réforme concrète, qu’il serait possible, pour les pouvoirs publics, de proposer aux enseignants repose sur des enjeux relativement simples : intégrer une formation de base à la communication relationnelle dans la formation directe et la proposer dans la formation continue. Cet enseignement pourrait être transmis, par les différents enseignants (quelle que soit leur discipline), dans des séquences courtes en début de chaque cours. La communication relationnelle deviendrait ainsi une matière transversale essentielle, pour irriguer, relier, amplifier l’ensemble des disciplines scolaires entre elles.

 

Il appartient donc au législateur de poser les bases d’une directive pour que cet enseignement puisse voir le jour, le plus tôt possible.

Lettre ouverte aux enseignants par Jacques Salomé

Cet ensemble de textes est accessible sur le site web PedagoPsy.eu qui vous propose des dossiers sur différents sujets, dont une rubrique consacrée à des textes de Jacques Salomé

Comment et à qui dans l'école d'aujourd'hui ? par Jacques Salomé

Les difficultés pour enseigner sont de plus en plus grandes dans beaucoup d’établissements scolaires.

 

Des enfants qui ont été élevés sans contrainte, par des adultes qu’ils ont du mal à respecter, car ceux-ci témoignent peu des valeurs de vie, sont souvent dans la transgression devant eux et ne peuvent représenter ni une référence fiable, ni une image d’autorité.

 

Des enfants dont le seuil de frustration est tellement bas, que toute rencontre avec la réalité est vécue par eux comme une agression insupportable, à laquelle ils répondent par de la violence. Ces enfants-là, même s’ils représentent pour l’instant une minorité, induisent par mimétisme les comportements et les conduites de nombreux autres enfants, mais surtout et il faut le dire avec fermeté, ils “parasitent”, ils “déstabilisent” le travail de toute une classe tout au long d’une année scolaire.

 

Ils se confrontent aux adultes dans des relations d’opposition, de refus et des rapports de force, où ceux-ci sont fréquemment démunis. Face à la grossièreté, aux menaces, aux passages à l’acte les enseignants dépensent des énergies folles à maintenir leur présence, se heurtant à d’innombrables obstacles en essayant de faire passer des connaissances suivies et cohérentes.

 

Les attitudes pédagogiques et les interventions classiques semblent inopérantes ou inadaptées.

 

Enfants du désir, “tout, tout de suite, sans contrepartie”, “enfant téflon” sur lesquels ni remarques, ni sanctions, ni stimulations ou gratifications n’ont de prise, voilà la population nouvelle, imprévisible, insaisissable avec laquelle les enseignants ont et auront à travailler !

 

En tentant de répondre à cette dernière question, nous verrons qu’il peut être possible de conforter quelques unes des réponses aux deux précédentes questions et peut être ainsi redonner à l’école une place plus fiable et aux enseignants quelques espoirs pour se redynamiser si besoin était.

La violence est un langage par Jacques Salomé

Paru dans “Recto-Verseau” 201 – septembre 2009

Je suis indigné au sujet des informations (télé, journaux, radio) à propos de l’agression d’un professeur par un garçon de 13 ans, on ne dit rien de l’essentiel, on se focalise sur le sécuritaire.

 

C’est aujourd’hui un des langages les plus utilisés dans l’univers par des adultes de toutes races, de toutes cultures, de toutes religions. Langage privilégié par de plus en plus d’enfants et cela quel que soit leur âge. Chaque jour nous le rappelle, des enfants s’agressent mutuellement, des enfants et des adolescents blessent des adultes, des élèves passent à l’acte sur des enseignants, des enfants battent leurs mères…

 

Oui la violence est un langage. Un langage inadapté, déviant, mais un langage essentiel avec lequel les enfants s’expriment, non pas faute de vocabulaire (ils en ont) mais faute de mots sensibles avec lesquels ils pourraient se dire dans leurs ressentis intimes, dans leurs sentiments réels, dans leurs besoins profonds.

 

Car ce qui domine chez beaucoup, c’est la notion du dû (on me doit), c’est la force en eux d’une exigence primitive (je veux me sentir accepté inconditionnellement, que le monde réponde à mes désirs, tout de suite, sans autres conditions), l’immersion dans une culture du plaisir facile (je veux jouir de l’instant). La violence comme langage permettra d’évacuer (provisoirement) des frustrations, d’ignorer les incompréhensions, de diminuer la sensation d’être rejeté, mal aimé.

 

Peut être est-il souhaitable de rappeler qu’un langage sert essentiellement à communiquer à travers quatre enjeux : demander, recevoir, donner, refuser et que sa finalité ultime est de tenter de combler le fossé (plus ou moins grand, toujours mouvant) entre des attentes (vécues parfois comme des exigences) et des réponses (plus ou moins gratifiantes), proposées par l’environnement immédiat : famille, école, société.

 

Parmi ces attentes il y a des besoins et surtout des désirs, et ce qui domine chez les enfants et les adolescents ce sont des pulsions autour des désirs. Tout se passe comme s’ils laissaient libre cours, se laissaient submerger par la toute-puissance infantile de désirs primaires, qui réclament satisfaction immédiate face à une réalité qui sera vécue inévitablement (à certains moments) comme décevante et frustrante. Déceptions et frustrations qui sont intériorisées par eux comme agressantes et qui suscitent en retour de la violence contre ce même environnement proche et en particulier sur ceux qui incarnent des limites, des exigences, des contraintes. Et sur ce plan les enseignants sont en première ligne.

 

Nous venons d’en avoir, une fois de plus, un exemple concret :

 

Un élève de treize ans, que son entourage, (familiers et professeurs) nous présentent sans problème, bien inséré, gentil, rieur, (nous disent ses camarades de classe) et qui face au refus de son professeur de lever une punition, lui plante un couteau dans la poitrine. Aussitôt, c’est l’amalgame, la collusion entre la violence manifestée et l’insécurité à l’école, les difficultés des enseignants à enseigner, à transmettre, à se faire respecter. L’établissement scolaire était paisible jusque là, il n’était pas dans une zone d’éducation prioritaire et on avance des solutions (présence d’un policier dans l’école, comme en Angleterre, fouille, contrôles et précautions matérielles…).

 

On veut, comme chaque fois, résoudre le problème en amont, sans entendre ou vouloir entendre, qu’il ne faut pas confondre l’expression d’un symptôme et sa résonnance avec les causes amplifiantes de la violence et la nature de ses origines.

 

L’origine de la violence, nous la voyons en permanence sous nos yeux.

 

Depuis plusieurs décennies, les enfants sont élevés à partir de leurs désirs, sans que nous, les adultes, nous entendions leurs véritables besoins. Et en particulier leurs besoins relationnels, dont je me permets de rappeler les plus vitaux :

 

• Besoin de se dire avec des mots qui sont les leurs. Et cela dans différents registres (niveau des idées, des ressentis, des sentiments, du faire, des croyances, des émotions, des besoins et des désirs).

 

• Besoin d’être entendu dans l’un ou l’autre de registres que l’enfant va privilégier à un moment ou l’autre de son développement. Ce qui ne veut pas dire qu’il sera satisfait, mais il attend implicitement des proches, d’être reçu dans ce qu’il exprime.

 

• Besoin d’être reconnu, tel qu’il se sent et pas seulement pour ce qu’il fait, mais pour ce qu’il est comme personne.

 

• Besoin d’être valorisé. Et pas uniquement dans ses réussites, mais au delà, par des mots d’encouragement, par des confirmations, par des attentions particulières, pour ce qu’il est.

 

• Besoin d’intimité, qui donne une sécurité, besoin d’un temps et d’un espace sans intrusion des adultes.

 

• Besoin de créer et d’influencer son environnement immédiat. D’avoir le sentiment, que ses propositions, ses suggestions pour améliorer tel ou tel aspect de sa vie ne tombent pas aux oubliettes, qu’il existe comme sujet.

 

• Besoin de rêver. De rêver que demain sera meilleur qu’aujourd’hui et après après-demain meilleur que demain. Ce dernier besoin est violenté aujourd’hui, car ils se sont transformés en consommateurs, dépendants d’une technologie qui les coupe du réel et les propulsent vers des mondes virtuels, avec l’illusion qu’ils ont une emprise sur ces mondes là.

 

Des enfants dont les besoins relationnels ne sont pas pris en compte et qui vont tenter de compenser vers des désirs de plus en plus factices et vains, qui s’imposent à eux et qu’ils veulent imposer à leur entourage.

 

Des enfants qui sont donc quotidiennement soumis à des pressions consuméristes valorisant leurs désirs et qui sont très souvent frustrés dans leurs besoins profonds.

 

Des enfants qui n’ont plus de références claires pour dissocier la fiction du réel, qui sont sollicités, conditionnés par des univers virtuels, sans avoir la maitrise suffisante ou les moyens de s’ajuster au déferlement de stimulations, de sollicitations dont ils sont l’objet.

 

Des enfants normaux et non des cas, comme on voudrait nous le laisser croire, qui vont avoir recours aux langages des maux (contre autrui ou contre soi). Langage de la violence, quand les mots sont impuissants pour crier ce qu’ils vivent comme une succession d’injustices : « J’ai un désir et vous devez y répondre, tout de suite, sans contrepartie, sinon vous êtes un obstacle. Et je n’hésite pas à me débarrasser de l’obstacle, à le supprimer quand il s’oppose à mes désirs ! »

 

La violence est devenue le langage le plus utilisé pour supprimer le plus vieux des malentendus : le décalage entre des attentes envahissantes et des réponses insatisfaisantes. La non adéquation entre ce que je veux et ce qui m’est donné ou imposé. L’abime entre ce que j’ai imaginé et rêvé et ce que je suis obligé de vivre.

 

Ainsi un enfant de sept ans est capable de menacer de mort (exemple réel) une enseignante de trente cinq ans, qui refuse de le laisser sortir en récréation sans son blouson, parce qu’il fait froid dehors !

 

Un enfant de dix ans, va mettre le feu à la voiture de l’enseignant qui suite à un devoir incomplet, a refusé d’augmenter sa note.

 

Un enfant de douze ans, menacera son enseignante, (qui a une fillette de cinq ans à l’école maternelle voisine) : « Si vous continuez comme ça avec moi, avec vos questions merdiques, il faudra pas vous plaindre si votre fille se fait troncher… »

 

Les exemples sont innombrables, parfois encore plus violents que ceux que je viens d’énoncer. Ils ont tous la même connotation : ils expriment un refus de se soumettre à des frustrations, à des limites, à des interdits, ils prétendent imposer un désir, ils entretiennent le mythe que la réalité doit répondre impérativement à toutes les demandes et combler toutes les attentes.

 

Nous savions que les mots n’étaient pas suffisants, nous avons du mal à admettre qu’ils sont devenus impuissants pour servir de médiateurs, qu’ils sont insuffisants pour mettre en commun, pour développer une possibilité d’échange et de partage.

 

Dans les cours de récréation les mots sont utilisés pour disqualifier, dévaloriser, agresser. Ils ont perdu leur pouvoir symbolique fondamental qui était justement d’éviter le passage à l’acte.

 

C’est ainsi que les passages à l’acte font irruption dans le quotidien familial, scolaire ou le monde des loisirs. Le monde de la famille, de l’école ou la société plus élargie, n’entrevoit pour l’instant d’autres ressources que de se protéger, de se durcir, de répondre par… de la violence.

 

Et si on apprenait la communication à l’école comme une discipline à part entière !

 

Et si on enseignait quelques règles d’hygiène relationnelles communes aux enfants et aux adultes !

 

Et si on découvrait qu’il est plus important de répondre aux besoins des enfants qu’à leurs désirs !

 

Alors la violence ne serait plus un langage dominant, mais l’expression ponctuelle d’une difficulté, d’une souffrance à identifier.

Où en est l’école d’aujourd'hui ? par Jacques Salomé

Les difficultés relationnelles entre parents et enseignants, entre enfants et enseignants, les violences qui surgissent en permanence dans l’univers scolaires, ont fait l’objet de beaucoup de commentaires, d’explicitations et de recherches pour trouver des solutions. Je crois cependant qu’il serait possible de pouvoir faire avancer ces questionnements avec une écoute différente et de proposer ainsi une autre dynamique dans les échanges.

 

Mise en cause ou propositions ?

 

Ce qui est le plus fréquemment abordé, c’est l’énoncé d’un problème ou d’une situation gênante et la mise en avant d’une explication ou la recherche des causes. Avec ce que j’appelle une attitude de mise en cause, de plainte ou de dénonciation. Ce qui a été moins abordé c’est la recherche et la mise en place de propositions concrètes pour tenter de résoudre les problèmes en amont et non dans l’après coup ou en aval.

 

Ce que je propose serait :

 

D’une part, d’énoncer, en début d’année scolaire, une charte de vie relationnelle aux parents et aux élèves qui indiquerait, en quelques points, quelles sont les règles d’hygiène relationnelle qui seraient mises ne pratique dans cette classe ;

 

Et d’autre part de poser les bases d’un enseignement de la communication à l’école, comme une matière à part entière. Et je sais qu’il y a un intérêt réel, (je reçois actuellement quelques 100 lettres par jour de parents et d’enseignants qui souhaiteraient s’engager dans cette voie et voudraient une formation de base correspondante). Je sais aussi qu’il y a bien sûr des résistances (car toute formation aux relations suppose une remise en cause personnelle et institutionnelle des uns et des autres).

 

Ce qui me fait proposer cela

 

Je suis un ex enfant, issu de l’Ecole républicaine et laïque, celle de Jules Ferry qui transmettait des savoirs et des savoirs faire. J’ai à l’égard de cette école beaucoup de reconnaissance, (même si j’ai été, durant des années, un cancre, un rêveur). Cette Ecole, nous a permis, à mon frère et moi de “sortir” d’un milieu pauvre, acculturé (ma mère faisait des ménages et savait à peine lire son nom) pour devenir des enseignants (j’ai été chargé de cours durant 12 ans à l’université de Lille III et mon frère est resté prof de math jusqu’à la retraite).

 

L’école doit changer

 

Aujourd’hui, chacun le reconnaît et l’espère, l’école doit changer. Cela veut dire, transmettre au delà du savoir et du savoir faire, un savoir être, un savoir devenir et un savoir créer en acceptant que ces trois dernières démarches, puissent passer par un enseignement de la communication, considéré comme une matière à part entière.

 

J’ai eu cinq enfants, devenus parents à leur tour et quand je vois ce qui attend mes 8 petits enfants, je suis inquiet. L’école est devenue aujourd’hui inadaptée pour répondre aux besoins relationnels des enfants et certains lieux scolaires sont devenus toxiques, dans le sens où ils ne sont plus protégés contre les violences qui environnent les enfants, des lieux où peuvent se développer aussi des auto-violences que certains enfants sont devenus habiles à secréter et à répandre, que ce soit dans la cours de récréation, dans les intercours ou en classe.

 

Il ne s’agit pas faire le procès des théories pédagogiques qui peuvent cohabiter ou s’affronter, elles sont parfois stimulantes et d’autres fois elles peuvent s’inscrire à contre temps.

 

Mon propos se situe en amont.

 

Comment intégrer des enfants qui n’ont pas les bases d’une socialisation élémentaire ?

Comment permettre à des enfants qui arrivent dans le cursus scolaire, avec un seuil de frustration très bas face aux contraintes inévitables d’une réalité qu’ils vont vivre comme agressante ? Frustrations qui leur paraissent insupportables et auxquelles ils répondent par de la violence.

 

Comment intégrer des enfants qui n’ont pas les bases d’une socialisation élémentaire, qui ont du mal à se situer en termes d’échanges et de partages autour des 4 ancrages de base :

 

DEMANDER – DONNER - RECEVOIR - REFUSER.

 

Comment les aider à entrer dans un processus d’apprentissage relationnel, leur permettant de vivre à la fois des gratifications (qui répondent à leurs besoins, mais pas toujours à leurs désirs) et de se confronter à des frustrations, à des contraintes et des limites ?

 

De leur rappeler que quelque soit le savoir détenu par l’enseignant et la qualité de ce savoir, quelque soit sa richesse personnelle, tout cela passe par une relation. Faut il rappeler qu’une relation, c’est un pont, une passerelle, un canal dans lequel va circuler (dans les deux sens) des messages. Que si la relation n’est pas entretenue, vivifiée par des communications de qualité, les messages n’arrivent pas.

 

Être à l’écoute des besoins relationnels des enfants.

 

Quelque soit l’approche pédagogique (qui est un outil) il convient aujourd’hui, pour un enseignant de se recentrer, d’être à l’écoute des besoins relationnels des enfants. Besoins qui sont le plus souvent ignorés ou maltraités dans leur milieu. La plupart des enfants (quelque soit le milieu d’origine) sont élevés dans l’ordre du désir (tout, tout de suite, sans contrepartie) ce qui en fait à la fois de redoutables consommateurs et aussi l’équivalent de terroristes relationnels qui ne supportent plus la moindre contrainte, qui refusent, transgressent et combattent les exigences élémentaires d’une vie en commun. Des enfants qui ont un savoir que j’appelle informel (découvert de façon parcellaire et chaotique à la télé, dans la rue, dans les BD), savoir qui entre en concurrence avec le savoir (formel) des enseignants.

 

L’incroyable contamination des conditionnements consuméristes, qui pèsent sur les enfants et leur imaginaire.

 

Il est fréquent de faire référence pour situer l’origine de ces nouveaux comportements au laxisme de l’après guerre, dans la difficulté des parents qui avaient vécus les privations de la guerre, à faire vivre à leurs enfants des contraintes, des frustrations et des interdits. Ou encore aux errances de l’après 1968. Mais il y aussi l’incroyable contamination des conditionnements consuméristes, qui pèsent sur les enfants et leur imaginaire. Les multinationales développent des actions publicitaires, très efficaces en direction des enfants. La publicité qu’ils proposent, impose un conditionnement très serré, favorise une récupération des valeurs, et transforme les enfants en prescripteurs de biens. Les enfants du désir, comme je les ai nommés plus haut, sont dans l’immédiateté, le plaisir de l’instant, la fuite du réel. Ils sont les grands utilisateurs des outils de la communication et confondent mise en commun et transmission d’une information.

 

On favorise la communication avec le lointain au détriment de la communication avec le prochain.

 

Ce qui suscite une sorte d’hémorragie vers les univers virtuels (télévision, jeux vidéo etc.). Mais l’impact de la violence à la télévision sur les enfants diminue considérablement, quand il possible d’échanger avec eux (et c’est notre rôle) sur ce qu’ils voient. J’ai eu cinq enfants, ils savaient tous que le sang qui apparaissait sur l’écran, était du Ketchup, que les cascadeurs étaient très habiles, que la lame du couteau rentrait dans le manche, que le mort allait se relever pour aller boire un coup avec celui qu’il l’avait tué, ils ne confondaient pas les bons et les méchants, bref, ils dissociaient la fiction de la réalité. Aujourd’hui il y a une collusion permanente entre réalité et fiction, entre ce qui est dedans et ce qui est dehors, les bons ne se distinguent plus des méchants.

 

Il y a aussi une rupture avec la convivialité (l’anonymat et l’individualisme ont remplacé l’entraide). Je n’aurais jamais pu rencontrer Monsieur Dutroux, quand j’allais à l’école tout seul depuis la maternelle, l’ensemble du quartier, connaissait mon nom, veillait sur moi !

 

Il y aussi le manque de repères pour les parents qui n’ont plus de modèle (surtout pas comme ma mère, surtout pas comme mon père), qui ont oublié ce positionnement relationnel face à leurs enfants : « Je ne suis pas là pour répondre et satisfaire tes désirs, je suis là pour répondre et satisfaire tes besoins et cela jusqu’à un certain âge, car ensuite, ce sera à toi de prendre en charge la satisfaction de tes besoins et peut être de tes désirs ! ».

 

C’est ce qui explique aujourd’hui l’apparition d’une nouvelle tranche sociologique entre l’adolescence et l’âge adulte que j’appelle les ADULTLOSCENTS, qui restent chez papa, maman, comme des parasites jusqu’à 26-28 ans et parfois plus.

 

Et face à tout cela, il y a des enseignants qui se sentent démunis.

 

Des enseignants sont confrontés à la difficulté de transmettre un enseignement uniformisé, formaté, à des populations d’enfants non homogènes. On a sacrifié l’équité à l’égalité. Les inégalités existent encore et partout. Ma grand mère disait nous sommes tous égaux, mais il y en a qui sont plus égaux que d’autres. Les ressources personnelles, l’histoire de chaque enfant, ses expériences de vie, sa disponibilité à participer, à intégrer des savoirs sont aujourd’hui réparties sur un éventail de possibles très large. Les problématiques des parents retentissent plus directement sur les enfants qu’autrefois. En effet dans la famille dite élargie, il avait, dans le passé, pour un enfant la possibilité de se dire, d’être entendu par un grand père, un oncle, une tante, le chien de la ferme à qui il pouvait se confier. Aujourd’hui dans la famille dite nucléaire ou reconstituée, il est plus difficile semble-t-il de trouver un interlocuteur, avec qui parler : « Je voudrais te dire maman, mais tu es tellement prise dans tes conflits avec papa que je n’ose même pas te dire ce qui va mal chez moi… ».

 

Serait-il possible de dire en conclusion, que l’école doit devenir un lieu d’apprentissage de la communication, une oasis relationnelle où pourrait s’apprendre et se transmettre les bases pour des relations vivantes et en santé ?

 

«Le difficile n’est pas d’apprendre ce qu’on ne sait pas, c’est d’apprendre ce qu’on sait.»

Jacques Salomé